Hypersensible. On voit ce terme à toutes les sauces sur les réseaux, sans toujours démêler le vrai du faux. Mais qu’est-ce que l’hypersensibilité au juste, et comment la naturopathie peut-elle être une alliée de choix pour mieux la vivre au quotidien ?

Pour commencer, mettons les choses au clair : c’est l’angle émotionnel et naturopathique qui est choisi. Nous ne désignons pas ici l’hypersensibilité au sens médical du terme, qui concerne une perception accrue du message douloureux par exemple dans le cas d’une atteinte nerveuse liée à un traumatisme ou une maladie.

L’hypersensibilité dont nous parlons n’est pas une maladie mais plutôt un fonctionnement sensoriel et émotionnel particulier. Introvertis, extravertis, en recherche de sensation ou de calme, hauts potentiels ou zèbres, il existe beaucoup de profils d’hypersensibles. Ceux-ci se caractérisent par des perceptions et des ressentis émotionnels intenses face à des situations variées. Ils peuvent être vulnérables aux stimulis sensoriels : odeurs, bruits, vibrations déclencheront des réactions fortes. Mais les stimulations peuvent être aussi émotionnelles et relationnelles : situation de stress dans les études ou le travail avec beaucoup de choses à faire en peu de temps, discussion intense ou conflit, confrontation à la souffrance de l’autre avec empathie très développée.

Les réactions face aux fortes stimulations seront vécues soit avec exaltation comme chez certains artistes par exemple, ou avec un sentiment de malaise selon les caractères, mais une chose est certaine : être hypersensible n’est pas toujours simple dans une société où le contrôle de soi est plus que jamais valorisé.

Longtemps considérée comme un excès de sensiblerie ou de fougue dommageable, l’hypersensibilité commence à gagner du terrain dans une démarche d’acceptation et de reconnaissance depuis quelques années. Si comme une personne sur cinq selon Elaine Aron, psychothérapeute américaine, vous avez parfois des réactions émotionnelles jugées disproportionnées, et que vous vous posez des questions sur votre propre hypersensibilité, une démarche naturopathique peut vous aider à mieux la vivre.

Cet article n’a pas pour but de vous identifier en tant qu’hypersensible, pour cela vous pouvez vous rapprocher d’un psychothérapeute. Mais là encore, et peu importe les cases à cocher, si vous vous sentez sensible à un certain degré, les propositions qui suivent ont pour visée de gérer le tourbillon émotionnel et les aspect négatifs de ce trait de caractère, non de supprimer l’hypersensibilité.

Alimentation anti-stress : bien se nourrir pour les hypersensibles

 

Le caractère des hypersensibles peut les pousser dans les excès, que ce soit pour calmer ou contrôler les émotions. Attention : En cas de troubles du comportement alimentaire, il va de soi qu’il faut consulter un médecin spécialiste en priorité. La naturopathie ne se substitue pas à un suivi médical.

Au cours d’une consultation en naturopathie, les conseils alimentaires sont détaillés et personnalisés. Ce ne peut être l’objet de cet article car chacun est différent ; néanmoins, il est possible de mettre l’accent en priorité sur quelques fondamentaux en alimentation.

 

  • Privilégier une alimentation à index glycémique bas.

 

En effet, il n’est pas rare lorsque l’angoisse, l’ennui ou la frustration se font trop grands de se jeter sur des aliments de réconfort, souvent riches en glucides, pauvres en fibres, et surtout à l’index glycémique élevé. Ces aliments plaisirs consommés en excès provoquent des pics d’hyperglycémie suivi d’hypoglycémie pour compenser.

Or, les hypersensibles seraient plus sensibles aux variations et notamment aux états d’hypoglycémie. Consommer trop de produits à index glycémique haut, loin de vous réconforter, pourraient aggraver les variations émotionnelles et la souffrance qui peut les accompagner.

Que choisir ? Les farines complètes ou semi-complètes, les fruits en quantité raisonnable et les apports de légumes riches en fibres ainsi qu’en bonnes graisses à chaque repas pour faire baisser l’index glycémique du repas global.

Faut-il bannir le sucre ? Il ne s’agit pas de diaboliser un plaisir de temps en temps, ni de générer des interdits et des frustrations, mais de prendre conscience de l’impact de certains aliments. Si vous souhaitez vous déshabituer du sucre, des solutions existent en étant accompagné avec par exemple le programme détox zéro sucre de Stéphanie Mezerai.

 

  • Faire la part belle aux « bonnes graisses » pour mieux gérer son hypersensibilité

 

Ces fameuses bonnes graisses ne sont plus à présenter : il s’agit des acides gras de la famille des polyinsaturés, autrement appelés AGPI, ou pour faire un raccourci, les « oméga ». Parmi eux, renforcer les apports en oméga 3 et 9 grâce notamment à l’huile de colza utilisée à cru, mais aussi aux petits poissons gras, peut faire la différence. Pour ceux qui ne consomment pas de produits animaux, tournez-vous du côté des oléagineux pour compléter vos apports. Attention, cela fonctionne dans l’autre sens : des apports trop importants en graisses saturées, présentes dans les charcuteries, fritures et produits industriels transformés sont pro-inflammatoires et diminuent la tolérance au stress.

 

  • Stabiliser l’équilibre en neuromédiateurs grâce à la micronutrition

 

Chaque personne est différente, et l’équilibre en neuromédiateurs participe à la régulation de l’humeur. Concernant l’hypersensibilité, l’accent sera mis sur deux d’entre eux : la sérotonine et le gaba.

La sérotonine est la plus connue : régulatrice de l’humeur très importante en cas de tendance dépressive, amie de l’endormissement et du sommeil, elle doit être synthétisée en quantité suffisante. Pour cela, il est important d’apporter des aliments riches en tryptophane comme l’avocat, le poulet, les flocons d’avoine, les dattes, les graines comme le sésame entre autres.

 

 

Le gaba ou acide gamma-aminobutyrique est un neurotransmetteur un peu moins cité mais tout aussi important : c’est un inhibiteur qui contrebalance l’excitation notamment du message douloureux et un régulateur de l’humeur. En cas de manque de gaba, la tolérance au stress et diminué, les pensées deviennent brouillonnes et les sautes d’humeur sont plus intenses. Le précurseur du gaba est la glutamine, présente dans les légumineuses, les noix, les bananes, ou encore le son de riz ou d’avoine. Il peut également être proposé en supplémentation.

Si vous souhaitez approfondir la question de l’alimentation anti-stress, l’équipe de Nana-turopathe a rédigé pour vous un article très complet à ce sujet. Il y est fait mention notamment du magnésium, autre élément primordial dans la gestion du stress et des émotions.

 

Hygiène de vie : soutenir l’émotionnel grâce à la naturopathie


Que vous soyez du genre à avoir besoin de rituels, de routine, ou au contraire en recherche permanente de nouvelles sensations, votre hypersensibilité s’accommodera mal d’une mauvaise hygiène de vie. Le manque de sommeil, la consommation d’excitants et de substances psychotropes, la course à la performance et le manque de repos sont autant d’ennemis pour vous.

En premier lieu, éviter toxiques, excitants ou « paradis artificiels »

Ces substances sont parfois utilisées par les hypersensibles pour réguler des émotions jugées envahissantes. Elles ont pour but d’endormir les émotions trop fortes ou au contraire de stimuler de façon artificielle afin de recréer l’intensité émotionnelle ou sensorielle souhaitée. L’utilisation de caféine, de tabac, d’alcool ou d’autres produits de façon excessive est évidemment risquée et néfaste. Le lien entre conduites addictives et hypersensibilité n’est pas une fatalité, mais avoir conscience d’un recours trop systématique à des calmants ou des stimulants est un premier pas.

Se préserver grâce à un temps de repos suffisamment long pour récupérer.

Que ce soit en se couchant tôt ou en faisant une sieste, le tout est de ne pas se priver de sommeil. Les moments accordés à l’inactivité ont également leur importance. Pensez à mettre des temps de « rien » dans votre emploi du temps.

Marcher en plein air si cela est possible pour vous, nager, mener une activité physique douce sont des occupations amies de l’hypersensibilité. Le tout est de vous permettre de recharger vos batteries et de ne pas être en surcharge cognitive et émotionnelle. La forêt quand elle est accessible est un lieu souvent apaisant pour les hypersensibles, il est même recommandé de prendre ce qu’on appelle des « bains de forêt » (hors situation confinement bien entendu…) !

Des exercices de respiration et de cohérence cardiaque peuvent également aider à renforcer votre gestion du stress et des émotions.

 

Le toucher

En complément de toutes les techniques, les massages, que ce soit le amma assis, la réflexologie énergétique ou toute autre technique de massage énergétique peuvent grandement contribuer à un apaisement émotionnel.

Un travail sur les méridiens, en particulier sur ceux du cœur et du maître du cœur (MC) peut être bénéfique. Notre ressenti corporel est très important dans le bien-être ! N’hésitez pas à demander à votre praticien en massage bien-être, énergétique ou réflexologie pour qu’il puisse vous proposer un moment de détente adapté à vos problématiques.

Un autre outil  pour gérer son hypersensibilité : l’aromathérapie

 

L’efficacité des huiles essentielles n’est plus à prouver concernant la gestion du stress. Comment adapter leur utilisation aux hypersensibles ? En effet, l’odorat peut entrer parmi les sens particulièrement vulnérables et une odeur trop forte est susceptible d’incommoder un hypersensible.

Il est donc indispensable d’utiliser les huiles essentielles avec parcimonie, en les diluant selon les recommandations et en les testant dans un pli du coude 48 h avant toute utilisation.

Voici trois huiles essentielles en renfort pour les hypersensibles :

 

  • La verveine citronnée (Lippia citriodora)

Son action sédative puissante en fait une alliée de choix contre les états anxieux ou dépressifs ainsi que les insomnies. Elle calme l’hyperexcitabilité et se comporte comme une balance contre les excès nerveux. Elle agit également comme un tonique glandulaire général et calme les surrénales en cas d’excès de stress et de cortisol.

Elle peut être utilisée en diffusion en respectant les règles d’usage. A un dosage bien moindre puisque la concentration n’a rien à voir avec celle d’une huile essentielle, l’infusion de verveine citronnée le soir a une action relaxante douce.

Attention, elle ne doit être confondue avec la verveine officinale !

 

  • La camomille noble ou romaine ( Chamaemelum nobile op fleur)

C’est l’huile essentielle de l’apaisement de la douleur et des chocs nerveux. Recommandée pour les hypersensibles qui auraient une tendance à la spasmophilie, son odeur est douce sans être entêtante. Elle peut être utilisée en diffusion, diluée en massage ou même par voie orale en respectant les dosages.

Elle ne doit pas être confondue avec la camomille allemande, qui a une couleur bleutée et des effets différents, sans compter son prix qui est souvent plus élevé.

 

  • La mandarine (Citrus reticulata)

Elle peut être utilisée en particulier pour les enfants hypersensibles. Son odeur est douce, légèrement sucrée et immédiatement apaisante. Elle agit contre les angoisses, les insomnies, les dyspepsies liées au stress et diffuse une atmosphère positive.

Bien sûr, d’autres huiles essentielles peuvent être utilisées, comme la lavande vraie, le petit grain bigaradier ou même la sauge sclarée chez les jeunes filles, mais en prêtant attention à ses effets oestrogen-like.

Enfin, des outils variés existent en naturopathie, à l’instar des élixirs floraux ou de cristaux qui peuvent vous être conseillés de façon personnalisée et adaptée par votre praticien.

 

Conclusion :

L’hypersensibilité n’est pas une tare ou une maladie : c’est une façon d’être et de ressentir. Plutôt que chercher à la réprimer ou la supprimer comme s’il fallait en guérir, apprendre à vivre avec son hypersensibilité est donc essentiel.

 

Quelques sources pour aller plus loin :

 

https://www.leshypersensibles.ch/

Ces gens qui ont peur d’avoir peur. Mieux comprendre l’hypersensibilité d’Elaine Aron, éd. de l’Homme

Hypersensibles, trop sensibles pour être heureux ? de Saverio Tomasella, ed. Eyrolles

Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, Michel Faucon, ed. Sang de la Terre et Médial, 2012.

L'auteur :

Élodie Bocher-Rajalu Praticienne en Naturopathie

Curieuse de nature, enseignante férue de théâtre, d’écriture et maman de deux enfants, je mets mon énergie au service de toutes mes passions. Pour moi, un accompagnement en naturopathie peut se faire sans culpabilité, en douceur et même dans la bonne humeur ! Je me suis spécialisée dans la prise en charge des parents épuisés et du burnout parental.

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